“La mendicante” ou ” Le mendiant” est un tableau d’Amedeo Modigliani datant de 1909. Le peintre de Livourne, surtout au début de son déménagement parisien, aimait peindre les derniers. Ses sujets étaient les indigents, les personnes en marge d’une société en mutation, mais toujours lentement. Et ce, même si c’était dans le Paris fervent du début du siècle. Pour Picasso, Modigliani était capable de saisir les traits essentiels des gens parce qu’il aimait les exalter, alors qu’il s’enfonçait de plus en plus dans une vie de vices.

L’histoire du tableau

Le tableau examiné ici a été acheté par Paul Alexandre, chirurgien et collectionneur d’art. Il a été le premier grand ami et confident de Modigliani ; il a également été son mentor et sa seule source de subsistance, en particulier pendant les premières années de la période Leghorn à Paris. Alexandre a commandé à Modigliani un portrait de lui. C’est à cette occasion qu’il a pu remarquer Le Mendiant. Modigliani lui a dit qu’il allait lui donner le Mendiant, jusqu’à ce qu’il ait terminé son portrait. Alexandre a lui-même suggéré au peintre italien d’exposer ce tableau au Salon des Indépendants, en 1910, en même temps que ses autres portraits célèbres tels que “Le violoncelliste” et “Le mendiant de Livourne”.

Le mendiant : description du tableau

Ce tableau d’Amedeo Modigliani est particulièrement passionnant : la jeune fille apparaît avec un regard sombre, perdue dans un infini personnel et mouvant. Ce regard intérieur est loin de nous qui l’observons et aussi de ceux qui la peignent. Modigliani utilise des coups de pinceau puissants : il le fait pour donner un sens géométrique au portrait et rendre ainsi la physionomie de la jeune fille, ainsi que son corps, encore plus forts et plus puissants. La géométrie est parfaite : le visage est aux trois quarts ; le buste est dessiné en parfaite harmonie avec le cou ; les mèches de cheveux reposent sur l’épaule gauche pour contraster avec celle qui se trouve derrière l’épaule droite. Enfin, il y a le fond gris et violet : cet élément est capable de rendre l’humeur du mendiant encore plus profonde. Elle apparaît avec un regard renfermé sur elle-même. 

Qui est Amedeo Modiglian ? 

Amedeo Clemente Modigliani, né le 12 juillet 1884 à Livourne et mort le 24 janvier 1920 à Paris, est un peintre et sculpteur italien rattaché à l’École de Paris. De santé fragile, Amedeo Modigliani grandit dans une famille juive bourgeoise mais désargentée qui, du côté maternel en tout cas, soutient sa précoce vocation d’artiste. Ses années de formation le conduisent de la Toscane à Venise en passant par le Mezzogiorno, avant de le fixer en 1906 à Paris, alors capitale européenne des avant-gardes artistiques. Entre Montmartre et Montparnasse, très lié à Maurice Utrillo, Max Jacob, Manuel Ortiz de Zárate, Jacques Lipchitz, Moïse Kisling ou Chaïm Soutine, « Modi » devient une des figures de la bohème. Passé vers 1909 à la sculpture, son idéal, il l’abandonne vers 1914 du fait notamment de ses problèmes pulmonaires : il se remet exclusivement à peindre, produit beaucoup, vend peu, et meurt à 35 ans d’une tuberculose contractée dans sa jeunesse. Il incarne dès lors l’artiste maudit qui s’est abîmé dans l’alcool, la drogue et les liaisons orageuses pour noyer son mal-être et son infortune. S’ils ne sont pas sans fondement, ces clichés, renforcés par le suicide de sa compagne Jeanne Hébuterne, enceinte, au lendemain de sa mort, se substituent longtemps à une réalité biographique difficile à établir ainsi qu’à une étude objective de l’œuvre. Jeanne Modigliani, fille du couple, est dans les années 1950 l’une des premières à montrer que la création de son père n’a pas été marquée par sa vie tragique et a même évolué à rebours, vers une forme de sérénité. Modigliani laisse quelque 25 sculptures en pierre, essentiellement des têtes de femme, exécutées en taille directe peut-être au contact de Constantin Brâncuși et évoquant les arts premiers que l’Occident découvrait alors. Un aspect stylisé sculptural se retrouve justement dans ses toiles, infiniment plus nombreuses bien qu’il en ait détruit beaucoup et que leur authentification soit parfois délicate. Il s’est essentiellement limité à deux genres majeurs de la peinture figurative : le nu féminin et surtout le portrait. Marqué par la Renaissance italienne et le classicisme, Modigliani n’en puise pas moins dans les courants issus du postimpressionnisme des moyens formels pour concilier tradition et modernité, poursuivant dans une indépendance foncière sa quête d’harmonie intemporelle. Son travail continu d’épuration des lignes, des volumes et des couleurs a rendu reconnaissables entre tous son trait ample et sûr, tout en courbes, ses dessins de cariatides, ses nus sensuels aux tons chauds, ses portraits frontaux aux formes étirées jusqu’à la déformation et au regard souvent absent, comme tourné vers l’intérieur. Centrée sur la représentation de la figure humaine, son esthétique d’un lyrisme contenu a fait de Modigliani, post mortem, l’un des peintres du XXe siècle les plus appréciés du public. Considérant qu’elle ne marquait pas l’histoire de l’art de façon décisive, la critique et l’université ont davantage tardé à reconnaître en lui un artiste de premier plan. Amedeo Modigliani, qui se confiait peu, a laissé des lettres mais aucun journal. Celui de sa mère et la notice biographique qu’elle a rédigée en 1924 constituent des sources partielles. Quant aux souvenirs des amis et relations, ils ont pu être altérés par l’oubli, la nostalgie de leur jeunesse ou leur vision de l’artiste : la monographie d’André Salmon en 1926 en particulier est à l’origine de « toute la mythologie Modigliani ». Peu attirée par l’œuvre de son père en tant qu’historienne d’art, Jeanne Modigliani s’est efforcée de retracer son parcours réel « sans la légende et au-delà des déformations familiales » dues à une sorte de dévotion condescendante. La biographie dont elle livre une première version en 1958 contribue à réorienter les recherches sur l’homme, sa vie et sa création. 

Les autres œuvres de Amedeo Modigliani 

Plus encore que ses sculptures, il est difficile de dater avec précision les œuvres picturales de Modigliani, qui se contentait de les signer : beaucoup ont été postdatées, leur cote grimpant d’autant, ce qui a accrédité l’idée d’une rupture totale de 1910 à 1914. Au vu des toiles que le Dr Paul Alexandre avait longtemps tenues cachées, la fille du peintre jugeait arbitraire la périodisation souvent admise car la manière de la fin apparaîtrait déjà dans certaines œuvres du début. Les critiques se rallient en tout cas à son analyse partagée par l’écrivain Claude Roy : les tourments de Modigliani, souvent mis en avant, n’ont pas obéré son travail ni son élan vers une pureté idéale, et son art de plus en plus accompli a évolué à l’inverse de son existence. C’est son expérience de la sculpture qui lui a permis de mettre au point ses moyens d’expression en peinture. Se centrer résolument sur la représentation de la figure humaine « devait l’amener à développer sa vision poétique mais aussi l’éloigner de ses contemporains et lui valoir sa réputation de grand solitaire ».